LES CHARBONNIERS

Rougiers s'étend sur 2 000 hectares environ ; or les forêts en occupent 1 200 ha.

Aussi le métier de charbonnier a-t-il été exercé de tous temps sur le territoire de la commune.

Le 5 septembre 1829, l'administration étant bien en place, Mme Marie Revest veuve Guibert présente à Mr le Sous Préfet une demande pour être autorisée à construire des charbonnières pour convertir en charbon de bois sa colline dite « la teste de Fuméou » près des limites de la forêt communale. La demande revient à la mairie de Rougiers ; le conseil délibère et accueille favorablement cette demande.

Un authentique charbonnier, Mr Rinaldo Arioli, qui a fabriqué du charbon de bois avec son père de 1947 à 1954 pour le compte d'un forestier de Brignoles raconte « A cette époque, nous étions 8 à 10 à faire ce travail. Nous exploitions les « Bourdons », « le collet des vents », « les plaines » riches en chênes blancs et verts ». Les charbonniers utilisent le procédé des meules forestières qui consiste à empiler des rondins en tas ayant la forme d'une meule. Avant de construire la meule, il faut dégager une surface circulaire de 8 à 10 mètres de diamètre, creuser le sol sur une épaisseur de 20 centimètres, bien tasser, aplanir puis préparer des rondins d'une longueur de 5 à 10 cm de diamètre. Pour une meule de 8 mètres de base et de 3 mètres de hauteur, il faut environ 25 tonnes de bois.

Les rondins sont charriés à l'aide d'une fourche à deux dents que les charbonniers nomment « l'âne ». On en forme des tas tout autour de la future meule. On construit celle-ci en prenant le bois successivement dans chaque tas, en tournant, en ayant soin de ménager au centre une cheminée. On met ensuite 5 à 6 cm d 'épaisseur de feuilles sèches puis autant de terre bien tassée sur toute la meule en veillant à ce que la cheminée soit toujours bien dégagée.

Un foyer est prêt, constitué de petit bois pour obtenir une grande quantité de braise que l'on jette par la cheminée et on envoie du petit bois par dessus jusqu'à hauteur de l'ouverture. Quand le feu arrive en haut de la cheminée, on bouche par un bouchon de feuilles et de terre. Puis, tout autour de la meule et à 30 centimètres du faîte, on fait des trous d'aération séparés de 50 centimètres environ. Quand la fumée sortant par ces trous se colore en bleu, on les bouche et on en fait d'autres 50 centimètres plus bas en les décalant de 25 centimètres horizontalement. On procède de la même façon jusqu'à ce qu'on atteigne le bas de la meule. On va laisser brûler 8 jours et refroidir 3 jours.

Avant d'extraire le charbon de bois, on a pris soin de placer à portée de main une grande quantité d'eau car la meule peut se mettre à brûler au contact de l'air si le fond n'est pas entièrement froid.

Le poids de charbon obtenu est d'environ 20% de celui du bois employé.

Le charbon est vendu par le forestier essentiellement à Marseille et Toulon. Cette fabrication traditionnelle a disparu de nos forêts, le travail étant pénible, salissant et mal rémunéré.

C'était un travail d'homme solitaire ; rares étaient les femmes qui suivaient leur mari dans la forêt. Mr Arioli parle pourtant avec une certaine nostalgie de sa vie dans la colline et de la cabane qu'ils avaient construite avec son père dans les «Bourdons».

« Nous avions monté des murs de pierres sèches de 50 centimètres d'épaisseur. Celui de la porte d'entrée et celui du fond se terminaient par un fronton triangulaire et supportaient une poutre de bois. La surface du sol était de 2 mètres sur 3 ; le toit était fait de branchages recouverts de carton goudronné. La hauteur du centre de la cabane était de 2,20 mètres. La seule ouverture était la porte d'entrée. Un trou dans un mur laissait passer le tuyau d'un poêle fabriqué avec un vieux bidon. Nous couchions sur une litière faite d'une épaisseur de rondins de 50 centimètres placés en long et en large ; nous posions par dessus de fins branchages de chêne vert séché pour obtenir une surface bien plane puis une couche de paille de 10 centimètres et enfin une couverture de laine. Nous avions deux autres couvertures pour nous protéger du froid car nous restions dans la colline jusqu'à la fin de l'automne ... Nous nous rendions au village pour le ravitaillement une ou deux fois par semaine mais nous avions notre chèvre. Un charbonnier a toujours une chèvre avec lui : elle broute les feuilles tendres des branches fraîchement coupées et elle fournit le lait ; en trois traites, elle nous donnait 5 à 6 litres par jour . Nous faisions des fromages, nous ne mourrions pas de faim ! ».


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