L'ANCIENNE ECONOMIE RURALE

Dès l'époque néolithique, l'homme s'est aménagé un espace agricole (l'ager) entre le village et la forêt. Celle-ci couvre alors la majorité du territoire. A Rougiers, les habitants en font leur principale industrie. En effet, ils tirent de la forêt une multitude de produits : le chêne alors très abondant fournit le bois de chauffage aux foyers domestiques, à l'artisanat et aux industries locales, en particulier aux fours à chaux et aux verreries. La fabrication du charbon de bois est une activité prospère. Il n'est pas rare de rencontrer dans nos collines, les vestiges noircis de cette industrie qui ne s'est réellement éteinte qu'à la deuxième guerre mondiale.

Du chêne vert nos ancêtres prélèvent l'écorce (le rusc) riche en tanin qui pour cette raison, est broyé pour le traitement des peaux. Les glands quant à eux servent de nourriture aux cochons. Cette surexploitation du chêne a très vite conduit à l'appauvrissement de l'espèce. Dès le Moyen Age, la pénurie de ce bois de chauffage incite les propriétaires de fours à chaux notamment à s'intéresser à d'autres combustibles : l'extraction du « charbon de terre » commence alors. Dans les clairières de plus en plus nombreuses, le pin d'alep remplace le chêne. Moins apprécié pour son bois, il est néanmoins exploité pour sa résine. Celle-ci, une fois extraite, est apportée à la « pégolière » toute proche pour y être distillée en vue d'obtenir l'essence de thérébentine. Le résidu (brai) mélangé à un goudron provenant de végétaux brûlés, forme une poix de couleur noire qui, une fois conditionnée en « pains », est transportée par les muletiers à Marseille où elle est utilisée dans la construction maritime à l'étanchement des navires. Cette industrie est particulièrement florissante au XVIII° siècle.

La résine réduite en poudre est employée dans les paroisses de campagne sous l'appellation "d'encens de village".

Les arbustes et les plantes de sous-bois ne sont pas épargnés par nos ancêtres à la recherche de toutes les productions végétales car la distillation est une pratique courante, à la portée d'un grand nombre de familles; Il suffit de disposer d'un petit alambic que l'on installe sur le lieu même de l'exploitation. Ainsi est obtenue l'essence de romarin que les femmes « les roumanières » coupent avec une ardeur telle qu'elle fait dire à Bonifay « qu'elles font autant de ravages avec leurs faucilles que cent troupeaux de chèvres ». De même est distillé le cade pour en extraire l'huile. La construction des bastides est l'étape suivante. Il y a là les logements, la basse cour, le cochonnier et un bassin. Des mûriers pour l'élevage des vers à sois, un verger et un potager ; il peut y avoir une bergerie et une écurie selon l'importance de la ferme. Le propriétaire habite au village pendant l'hiver, seul le métayer demeure sur place. La vie en autarcie cesse : une nouvelle économie rurale est née.


L'AGRICULTURE

 

Au Moyen Age, la cueillette fait place à la culture et l'élevage se rationalise. Dans un premiers temps, le propriétaire fait exploiter par un métayer et celui-ci n'a pas de comptes à rendre à son patron. Dès 1723, nous trouvons une première intervention de l'état qui exige l'encadastrement des terrains nouvellement complantés en vignes.

Après la révolution française, les préfets donnent des instructions aux citoyens maires : en 1790, par exemple il est ordonné d'augmenter de la moitié le prix des journées payées aux ouvriers agricoles.

La commune afferme des terres, des bois, des pâturages. Elle est appelée à faire la police des troupeaux et, en cas de maladie, à interdire le passage des bêtes atteintes dans les carraires (correspondance de 1821).

Des statistiques sont réclamées par l'administration très régulièrement. Nous apprenons ainsi qu'à Rougiers, en 1831, il y a 296 hectares de froments, 20 d'avoine, 30 de légumes secs (ce chiffre passe à 65 en 1838).

En 1842, 150 hectares de vignes sont recensés pour 250 propriétaires avec un rapport de 30 hectolitres par hectare.

Le Sous-Préfet demande en 1846, un rapport au maire sur la récolte en ce qui concerne les céréales, les fourrages, les cocons, le vin, l'huile, les pommes de terre, le lin et le chanvre.

Il est intéressant de pouvoir comparer les surfaces cultivées et les rendements au cours du temps. Nous avons quelques années de référence.

 

On relève également en 1882, 600 poules, 25 canards, 300 pigeons, 500 lapins et 12 bovins.

La même année, des boutures de vignes américaines sont distribuées pour lutter contre le phylloxera. Il est accordé 50 boutures à chacun des propriétaires qui en fait la demande. Il y en a 25 cette année là. En 1893, nous apprenons qu'il a été récolté à Rougiers 300 Kg de miel (600 Kg en 1894) et 60 Kg de cire (180 Kg en 1894).

En 1898, nous trouvons 17 quintaux de châtaignes.

En 1900, en réponse à une circulaire du Préfet du var, le maire fait savoir que les 150 hectares de vignes qui ont été détruits par le phylloxera ont été replantés en cépages américains et qu'il n'y a plus de maladie. En 1904, une statistique détaillée fait état de : 20 châtaigniers, 200 pêchers, 150 cerisiers, 2 hectares de melons, la récolte de 200 Kg de figues fraîches et 50 hectares de raisin de table. Il est vrai que le 23 septembre 1891, un marché au raisin est autorisé à Rougiers. Il a lieu les trois derniers dimanches de septembre de chaque année.

En 1907, les viticulteurs de la commune protestent « énergiquement » par écrit contre la saisie du sucre qui porte une atteinte mortelle à la viticulture » ; suivent 66 signatures.

En 1996, après l'exode rural qui touche les jeunes générations ici comme ailleurs, il reste dans la commune 25 exploitants à temps complet et 60 exploitants à temps partiel.

Avec 55 coopérateurs de Rougiers et 30 de Nans les Pins, il rentre 1 million 200 000 kilos de raisin et il est vendu 8 705 hectolitres de vin.

L'encépagement est composé de carignan (20 à 30%), ugni blanc (20 à 30%), cinsault (moins de 10%), grenache (moins de 5%), morastel, mourvèdre, clairette et depuis une décennie : syrha, cabernet sauvignon et rolle.

Le grenache et le cinsault prennent de l'importance pour remplacer l'aramon qui représentait 5 à 10% et qui est abandonné.

Deux machines à vendanger ont fait aujourd'hui leur apparition à Rougiers.

En dehors des 230 hectares de vignes cultivées, il a quelques terres labourables ensemencées, quelques vergers en particulier d'oliviers et un troupeau d'ovins.

Le nombre de tracteurs est encore important. Un éleveur de volailles se maintient en vendant au détail. Certains semi-retraités font un peu de maraîchage pour la vente sur place.

Le chiffre d'affaire de l'agriculture représente encore une partie des revenus du village (la coopérative a actuellement un chiffre d'affaires voisin de 4 millions de francs).


Illustrations :

Les lavandières

Le foulage du blé au début du siècle

Les vendanges

La cueillette des olives


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