Lutherie

Une quarantaine d'instruments à cordes, d'époque médiévale, réalisés d'après des documents anciens : luths ( cistres, guiternes, rebecs, vièles, archi-cistre, archi-luth...), cithares ( tambourins béarnais, trompettes marines, psaltérions, aile bohémienne...) lyres et harpes.

 

De luth en cithare, la passion de créer.

Mes premiers souvenirs de lutherie remontent à l'âge de six ans où, d'une boite de lessive, d'un bâton et de quelques élastiques, je confectionnais des luths, suffisants pour m'accompagner dans les chevauchées héroïques à travers ce Moyen-âge qui me fascinait déjà. Quelques mauvais vers m'élevaient au rang de troubadour.

Une approche trop précoce de la théorie musicale m'éloigna de cette discipline durant plusieurs années. Années qui me permirent grâce à mon père, qui était menuisier, de me familiariser avec le bois d'une part, et d'autre part, de découvrir la joie de chanter en choeur avec les copains du patronnage.
Une adolescence sportive n'empêcha pas la pratique de la clarinette et la découverte de la théorie musicale et de ses anecdotes. Et toujours cette époque médiévale qui m'attirait à travers son histoire, ses légendes, sa littérature.

De là tout naturellement à vouloir mêler mes trois penchants : la poésie, le bois et la musique. Et me voilà cherchant maladroitement à coller mes premières planchettes, puis plus tard, puisant dans des documents...découvrant chaque fois quelque nouveau secret, quelque tour de main...intervenant en milieu scolaire pour faire partager cette passion et construire des objets simples ou plus élaborés (dulcimer).

Peu à peu, au gré des lectures et des mes tâtonnements, des rencontres, des échecs, des petites joies, tout un éventail d'instruments à cordes, médiévaux pour la plupart, ont envahi notre maison, et depuis nous accompagnent de concerts en expositions.

L'essentiel de la conception d'un instrument (proportions, résonnances, matériaux) m'a été enseigné par la lecture d'anciens ouvrages, notamment "L'harmonie universelle", écrite en vieux français en 1636 par Marin MERSENNE.
Je ne perds pas de vue que ces intruments, populaires à cette époque-là, étaient fabriqués par des gens simples : "le vielleux", "le violonneux", "le jongleur" (jouglaïre) qui taillaient eux-mêmes leur bois, filaient leurs cordes et utilisaient leur produit fini. C'est cette démarche qui me tient à coeur. L'envie de voir naître un instrument vient parfois simplement de la forme d'une planche, des veines du bois, des noeuds préfaçant la future rosace... Bref, une émotion devant le matériau brut, et noble à la fois.
Sont-ils beaux ces instruments? Certainement pas comme ceux réalisés par des luthiers professionnels. Mais ils sont accessibles au public, aux enfants qui s'émerveillent de pouvoir en jouer, de les toucher, de les faire vibrer...Sont-ils comme leurs ancêtres? Qui pourrait le nier ou l'affirmer? Chaque faiseur d'instrument, le citoleur et autres, n'étant pas forcément au courant de ce qui se faisait ailleurs, donnait à son objet l'esprit et l'émotion qui lui étaient personnels.

Les miens soulignent nos paroles et chantent dans ces modes musicaux oubliés. C'était déjà et surtout leur rôle au temps jadis.

 

Yves Chiavassa

Les photos sont de Pauline Michel, photographe à Correns (Var)