exemples+konzepte Coopérer, se Comprendre, se Rencontrer

Petit lexique de la pédagogie
de l'échange et de la rencontre

sommaire

Comparaison

Quand on quitte son milieu familier, sa classe, son établissement, son environnement scolaire, quand on s’ouvre vers l’extérieur, surtout vers l’étranger, ce qu’on voit, ce qu’on fait comme nouvelle expérience nous pousse à comparer. Généralement ce qu’on rencontre à l’étranger est décrit à partir de son système de référence, de ses habitudes, de son systèmes d’éducation, de sa propre culture. Cela se fait souvent sans que nous nous en rendions compte. Nous partons de ce que nous connaissons et nous avons tendance à en venir très vite au jugement : nous goûtons pour la première fois à un plat, une nourriture jusqu’alors inconnue, nous la situons (comparons) par rapport à un goût connu (ah, c’est un peu comme, ça me rappelle...) et formulons vite un jugement du genre : " J’aime ou je n’aime pas ! ".

En cas de coopération, lors d’un échange qui vise (entre autres) à " faire connaissance du partenaire ", à " connaître la vie, la culture du pays... " ou très généralement à permettre " un apprentissage interculturel ", il est bon de s’accorder du temps et de procéder à une comparaison pas à pas. La curiosité du regard est indispensable à toute ouverture. L’ouverture elle-même, et la coopération plus encore, exigent que l’on se situe soi-même dans son rapport à l’autre. On peut par exemple se poser des questions comme :

  • d’où vient que je ne me sens pas ici chez moi ?
  • quelque chose me touche, qu’est-ce que c’est ?
  • ah, là, dans cette situation je m’attendais à autre chose ! Mais quoi et pourquoi ?
  • comment aurai-je réagi à la place de mon partenaire ?
  • en me mettant à sa place, est-ce que je comprends mieux pourquoi il a agi ou réagi de telle ou telle manière ?

Dans le cadre de notre approche, il est souhaitable de rester ouvert, même si (et justement quand) une situation nous semble inhabituelle, incompréhensible, et même quand nous nous sentons nous-mêmes fragilisés, remis en question, qui sait même, vexés. Il faut toujours envisager la possibilité d’un malentendu, d’une mauvaise interprétation due à la langue, à d’autres connotations, à un contexte culturel inconnu.

Mais comparer, c’est aussi procéder à une comparaison plus systématique liée aux objectif d’ouverture dans et par l’échange. Qu’est qui se passe en comparant ? Il va de soi qu’il ne peut y avoir de comparaison sans mise en relation de deux termes : dans toute comparaison entre l’autre et moi-même, eux et nous je suis donc renvoyé inévitablement à dire et à définir ce que je fais " normalement ", ce qui pour moi va de soi. La difficulté vient de ce que cette comparaison est reliée à une relation entre personnes qui sont impliquées aussi affectivement et qui vont prendre conscience en situation de la réalité de certaines choses, de leur caractère relatif et de l’attachement qu’elles manifestent à celles-ci qui sont une part d’elles-mêmes. Paradoxalement, même si la comparaison est un phénomène naturel, inévitable, il faudra néanmoins (ré)apprendre à comparer (autrement) pour pouvoir coopérer et se comprendre.

Ceci peut expliquer entre outre l’effet de renforcement d’identité que provoquent l’échange et la rencontre : après un échange scolaire, les élèves se sentent plus " français " qu’avant au sens où ils se sont devenus plus conscients de ce qui leur est propre par rapport à tel autre groupe. En même temps, comme nous l’avons montré, ce travail de comparaison se fait aussi à l’intérieur du groupe national (cf. le projet Martigues-Berlin, un Noël " typiquement " allemand). Mais il peut y avoir aussi un mauvais effet, celui d’une confirmation et d’un renforcement des préjugés. Dans ce cas, la comparaison est instrumentalisée à seule fin de se valoriser soi ou son propre groupe aux dépens des autres. Comme le démontre Alexandra Schleyer-Lindemann dans le chapitre " Point de vue : la rencontre...", seule la valorisation et la reconnaissance individuelle et collective de l’élève permettent de supporter la différence (et donc la comparaison) sans se sentir obligé d’en faire une arme pour juger.

Comme on a pu le constater dans le cadre des " échanges " franco-allemands, pour l’Europe qui se met en place, l’école devra mieux préparer les élèves à la réalité d’une vie commune où ils devront être capables de vivre et de travailler avec des gens d’une autre langue, d’une autre culture. Dans cette perspective, apprendre et savoir comparer dans le cadre d’une coopération nous semble une bonne préparation à ce défi. On pourrait bien sûr tout autant faire appel aux étrangers (assistante de langue, élève étranger, professeur d'échange) qui sont déjà dans l’établissement ou y viennent pour développer cette compétence en matière de comparaison. Cela nous semble une démarche riche (4).


Note 4 : Kodron, Christoph: Nouveaux défis, nouvelles démarches compartives. In: Revue internationale d’éducation CIEP-Sèvres, 1 mars 1994, 87- 95, et d’autres articles dans cette même édition.

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